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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 14:52

http://www.valeursactuelles.com/dossier-d039actualité/dossier-d039actualité/cannabis-parents-en-première-ligne20101216.html?sms_ss=facebook&at_xt=4d09f391ac216afb%2C0

 

Une campagne du gouvernement et un livre choc mettent en avant le rôle primordial des parents pour lutter contre le cannabis. Vérités et mensonges sur une drogue nullement “douce”. Pourtant défendue par un influent lobby.

Le constat de Serge Lebigot est implacable : « 10 % des personnes qui essaient le cannabis développeront une dépendance, et 70 % d’entre elles l’auront développée avant l’âge de 18 ans », relève en effet le président de l’association Parents contre la drogue et auteur de l’ouvrage Cannabis : ce que les parents doivent savoir (lire aussi pages 16 et 18). Et pour la première fois, depuis le 13 décembre, une campagne de communication du gouvernement sur la lutte contre l’usage des drogues s’adresse aux parents et met en avant leur rôle primordial dans la prévention, auprès de leurs enfants. Trois spots télévisés, diffusés jusqu’au 3janvier, invitent les parents à dialoguer avec leurs adolescents sur le thème de la drogue. Le premier met en scène Brigitte, la mère de Marion, une jeune consommatrice de cannabis. La jeune fille est de plus en plus isolée et rate ses examens. Brigitte réagit en demandant de l’aide à Drogues info service, en appelant le 0800 23 13 13.

« La parole des parents compte beaucoup, insiste Nora Berra, secrétaire d’État à la Santé. Ils sont les acteurs naturels de la prévention. Mais leur rôle est difficile, surtout avec des ados. Face aux drogues, ils se sentent perdus et impuissants. Il y a un double risque, de banalisation ou de surdramatisation, qui peut faire perdre le contact avec l’adolescent. »

Les psychiatres sont unanimes sur ce point : la drogue est un problème complexe devant lequel les parents sont terriblement démunis. « Bien souvent, ils ont des comportements inadéquats, note la psychiatre Sylvie Angel, auteur du livre les Toxicomanes et Leur famille. Leur premier réflexe, quand ils ont un doute et craignent d’avoir un enfant qui fume, est d’aller fouiller dans sa chambre, dans ses affaires. Plus les parents fouillent, plus les jeunes deviennent méfiants et se cachent. Les ados n’ont plus aucune confiance en leurs parents et l’on voit s’installer des situations qui peuvent devenir très conflictuelles. Les parents punissent, adoptent des comportements répressifs qui les éloignent de tout dialogue avec l’enfant. Le premier point, essentiel, qu’il faut comprendre est que l’usage de produits toxiques, autorisés ou non, alcool ou drogue, est le symptôme d’un malaise, d’un mal-être de l’ado, une réponse à une souffrance : anxiété, an goisse ou même dépression, poursuit la psychiatre. Et c’est là qu’il faut agir. »

Comment ? Ce n’est pas simple. « Petits, tous les enfants sont les premiers à dire que se droguer, ou même fumer, c’est mal », note le pédopsychiatre Stéphane Clerget, spécialiste de l’adolescent. Et pourtant les consommations de drogue, malgré toutes les campagnes de prévention, ne diminuent pas. Celle du cannabis n’a régressé qu’à la marge. Un ado sur cinq de 17 ans fume au moins dix fois dans l’année et un jeune de 18 ans sur deux a déjà expérimenté l’usage du cannabis. Un article paru dans le Parisien en mars 2008 indiquait que 300 000 enfants de 12 à 15 ans avaient déjà fumé un joint.

« Les consommateurs réguliers savent que c’est nocif mais ils y ont pris goût et ne peuvent plus s’en passer, ajoute Stéphane Clerget. Et il ne faut pas croire que le phénomène ne concerne que les milieux défavorisés et les familles en grande dif ficulté. Le “mal-être” de l’ado qui peut le conduire à la drogue touche tous les milieux, toutes les familles. »

Comment les parents doivent-ils agir ? « Pour prévenir le risque d’une personnalité dépendante, susceptible d’être tentée par la drogue, les parents doivent déjà favoriser l’autonomie de leurs enfants, leurs prises d’initiatives, leurs activités extrascolaires, la diversité de leurs centres d’intérêt », poursuit Stéphane Clerget.

21 % des parents ne parlent jamais des dangers de la drogue

« L’idée selon laquelle un jeune peut commencer à se droguer uniquement à cause de mauvaises fréquentations est un mythe, ajoute Sylvie Angel. La prise de drogue est une conduite volontaire, un choix individuel. »

En premier lieu, les parents doivent être capables d’aborder le sujet avec leurs enfants. Une étude anglaise a montré que 50 % des jeunes en école secondaire aimeraient que leurs parents soient leur principale source d’information sur les drogues. Néanmoins, en France, 21 % des parents ne parlent jamais des dangers liés à la consommation de drogue et 22 % ne rappellent pas non plus que c’est interdit. Il apparaît que ce déficit de communication est en partie dû au fait qu’ils manquent de confiance en eux pour aborder le sujet. Alors que plusieurs études prouvent que communiquer sa désapprobation envers les drogues est fortement associé à un moindre usage chez les enfants. Le silence est pire que tout, martèlent les psys, jusqu’à Marcel Ruffo pour qui « une parole, même maladroite, vaut mieux que pas de parole du tout ».

C’est la force des liens avec les parents qui permet aux adolescents de devenir autonomes. « Contrairement aux idées reçues, plus ce lien est fort, plus il permet à l’enfant de s’émanciper », ajoute Nora Berra.

« Dès le collège, il est nécessaire d’avoir des discussions avec les enfants sur les produits toxiques en général, conseille Stéphane Clerget. Pour toucher un ado, on peut lui expliquer que toute prise de drogue, au-delà de sa nocivité, va briser sa liberté. Même si les ados n’en consomment pas, les parents doivent savoir que de la drogue va leur être proposée. » Jusque dans les établissements les mieux cotés et dans les soirées organisées dans les beaux quartiers. De surcroît, aucun adolescent n’est à l’abri d’un passage à vide. « Depuis une dizaine d’années, les jeunes que je vois en consultation me donnent l’impression de subir de plus en plus de pression sur leurs résultats scolaires, poursuit le pédopsychiatre. Et ils sont très angoissés. C’est – peut-être – une des causes de la fuite dans la drogue, ressentie comme un moyen de s’apaiser, de se détendre. Comme une automédication. »

Comment reconnaître les signes qui doivent alerter ? Les plus immédiats, pour commencer : l’ado qui a consommé du cannabis a les yeux rouges, il est légèrement euphorique. Si sa consommation est régulière, il risque de se replier sur lui-même, peut aller jusqu’à voler de l’argent pour financer sa consommation. Il rencontre également des difficultés de concentration. En fumant, il cherche à se détendre, à calmer une angoisse. Le consommateur régulier va adopter des comportements à risque : relations sexuelles non protégées, accidents de la circulation s’il roule en deux-roues.

« Dès que les parents ont un doute, il faut impérativement qu’ils en parlent avec leur ado, conseille Stéphane Clerget. Calmement, en lui disant qu’il est évident que quelque chose ne va pas. Il ne faut pas hésiter à dire à son enfant : “je vois bien que tu consommes de la drogue”. S’il nie, il faut insister, lui parler de ces signes qui ne trompent pas. Lui dire que s’il a besoin de fumer, c’est qu’il ne va pas bien et a besoin d’aide. Lui demander quelle est la fréquence de sa consommation, quel type de produit il prend. L’informer, à nouveau, des risques qu’il encourt, lui rappeler la loi, l’interdit, dire qu’il risque de se retrouver devant un tribunal et avec une obligation de soins, voire une hospitalisation. Même si c’est difficile, il ne faut surtout pas s’énerver, crier. L’ado ne se confiera qu’aux adultes en qui il a confiance. Un jeune qui consomme de la drogue, même occasionnellement, ne doit plus utiliser de deux-roues. Il faut poser cet interdit pour le protéger, en le lui expliquant : chaque année, plus de deux cents morts sur la route sont imputées à la prise de cannabis. Ensuite, il faut évidemment s’adresser à des psys spécialisés dans la dépendance, engager une psychothérapie. »

Souvent, et c’est un réflexe légitime, face à une difficulté, à un malaise, qu’il y ait ou non un problème de consommation de drogue, les parents ont le réflexe de surprotéger leur adolescent. « Cette réaction, aussi compréhensible soit-elle, n’est pas adéquate. C’est au contraire en favorisant l’autonomie du jeune que l’on va réussir à l’aider à régler son problème », expliquent encore les spécialistes.

Le problème est complexe : être parent n’est pas facile, particulièrement pendant l’adolescence. Mais il n’y a pas de situation désespérée : « Les parents doivent le savoir, insiste Étienne Apaire, président de la Mildt (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie), l’usage de la drogue est évitable et la dépendance se soigne. Et le premier agent de la prévention contre la drogue, c’est l’adulte. »   Josée Pochat

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Published by Syndicat indépendant de la police municipale - dans Presse et sécurité