Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 14:42

Gilles-William Goldnadel est ce que l’on a coutume d’appeler un “ténor du barreau”. Fondateur d’Avocats sans frontières, ce pénaliste réputé s’est distingué dans de nombreuses affaires : celle de l’Angolagate, celles aussi du Sentier.

Editorialiste sur Radio J (entre autres activités associatives), il est aussi l’une des voix influentes du judaïsme français – voix forte et singulière, tant il est difficile de le “classer”, tant il revendique une liberté d’expression et de pensée qui ne lui vaut pas que des amitiés, tant il aime aussi prendre à contre-pied son interlocuteur dans une joute intellectuelle qu’il savoure et qui lui permet d’exercer son art oratoire.

Il a fait précéder son livre d’une citation de Julien Freund (« Sachons être suspect, c’est le signe aujourd’hui d’un esprit libre et indépendant, surtout en milieu intellectuel ») et d’un “avertissement désabusé” où il rapporte une conversation récente avec une amie magistrate : « Quand je lui répondis que l’essentiel de mes loisirs avait été consacré à l’écriture d’un livre intitulé Réflexions sur la question blanche, ma bienveillante interlocutrice s’exclama, mifigue, mi-raisin : “J’espère que vous n’allez pas vous retrouver à la 17e !”» (Chambre correctionnelle où sont jugées, à Paris, les affaires de presse.) Preuve qu’il est des sujets qu’on vous recommande de n’aborder qu’avec précaution quand on n’est pas connu pour céder aux injonctions du “politiquement correct”. Entretien.

Dans votre livre, vous défendez ardemment la liberté d’expression. Vous êtes par ailleurs éditorialiste à Radio J, qui a finalement annulé l’invitation qu’elle avait faite à Marine Le Pen. Qu’en pensez-vous ? J’ai dit à mes amis de Radio J que je ne comprenais pas cette décision au regard de la liberté d’expression. Je leur aurais fait la même remarque s’il s’était agi d’Olivier Besancenot ou de Tariq Ramadan, mais leur invitation n’aurait pas provoqué une telle bronca… On ne peut pas traiter la fille exactement comme le père, à moins de ne souhaiter aucune évolution du Front national.

Que vous suggère aussi la condamnation récente d’Éric Zemmour ? Deux remarques : quand Anne Lauvergeon, présidente d’Areva, déclare en marge du Women’s Forum qu’elle préfère embaucher, à compétences égales, une femme plutôt qu’un « mâle blanc » (propos retransmis sur France 2), elle est relaxée et l’affaire en reste là. La gauche, en revanche, s’acharne sur Zemmour et va jusqu’à demander son éviction professionnelle. Au contraire, quand un intellectuel de gauche est condamné pour discrimination raciale – il y en a –, il reçoit le soutien de pétitionnaires exi geant le respect de la liberté d’expression. C’est cette morale à géométrie variable que je dénonce dans mon livre.

Vous y décrivez le fonctionnement d’une « idéologie victimaire » visant à culpabiliser « l’homme blanc occidental », accusé de tous les crimes. Quels sont, selon vous, les ressorts historiques et psychologiques de cette idéologie ? Ce livre est l’aboutissement d’une longue réflexion. Je soutiens que la médiatisation de la Shoah, à la faveur du développement de l’audiovisuel dans les années 1960, a suscité dans l’inconscient collectif occidental un traumatisme dont il n’a pas guéri. Il s’est créé sur les ruines du catholicisme une nouvelle religion profane centrée, elle aussi, sur la crucifixion : non plus celle de Jésus, mais celle du juif en pyjama rayé, pauvre et décharné comme le Nazaréen. Cette idéologie a son panthéon démoniaque. À son sommet, Adolf Hitler, figure justement abhorrée mais à qui l’on assimile aujourd’hui tous ceux qui tiennent à leur identité nationale, décrits par l’extrême gauche comme des beaufs franchouillards et hétérosexuels.

Iriez-vous jusqu’à dénoncer l’instrumentalisation de la Shoah à des fins politiques ? Non, car ce traumatisme est réel. Il ne procède pas d’une manipulation politique. Le choc est d’autant plus sidérant que le crime était impensable. Ce génocide a été commis par des Blancs au nom de la race blanche, ce qui semblait inconcevable, personne ne doutant à l’époque des bienfaits et de la supériorité de la civilisation occidentale.

Il résulte de l’horreur de ce crime une détestation de soi doublée d’un rejet de l’État-nation perçu comme un instrument d’oppression similaire à l’État nazi. D’où le slogan stupide de Mai 68, “CRS = SS”, scandé par de jeunes écervelés pour qui la matraque du policier n’était qu’un prolongement de la schlague du gestapiste : “Nous sommes tous des juifs allemands”, disaient-ils aussi… En résumé, je ne nie pas que l’extrême gauche ait ensuite instrumentalisé la Shoah mais j’affirme la réalité première du traumatisme post-shoatique.

Vous faites remonter à la Shoah le rejet de l’État-nation. Ne pourrait-on pas l’expliquer aussi par la Première Guerre mondiale, qui fit également des millions des morts ? C’est vrai : la Première Guerre mondiale, parce qu’elle fut une tragédie, a nourri la critique de l’État-nation occidental. Le choc est tel qu’il suscite un pacifisme dont les conséquences seront catastrophiques. Mais c’est bien après la seconde que le mot race est prohibé, au moment même où l’antiracisme frise l’obsession. À la xénophobie – moralement condamnable – succède une xénophilie dont personne ne peut contester les postulats sous peine d’être accusé de racisme : l’homme blanc, réputé mauvais, est présumé coupable par nature, et celui qui ne l’est pas est présenté comme la victime, par essence innocente, de ses humeurs discriminatoires.

Pour la gauche, les rapports sociaux ne sont plus réglés par la lutte des classes, comme le prétendaient les marxistes, mais par la lutte des races. Et chacun est sommé de sacrifier à cette nouvelle religion ! Or, il n’y a pas plus de raisons d’aimer l’étranger en raison de son altérité que de détester le Blanc en raison de son identité.

La xénophilie et la xénophobie font appel au même réflexe “tripal”, ce sont les deux faces d’une même médaille raciste.

Quelles sont les conséquences de cette “idéologie victimaire” ? La pénalisation de toute opinion contraire à ses dogmes ; la falsification historique ; l’interdiction de certains débats politiques.

Des exemples ? L’esclavage. La traite transatlantique, organisée par les Européens, a fait l’objet d’innombrables documentaires, alors qu’un silence de plomb continue de peser sur la traite orientale des esclaves noirs, qui s’est pourtant poursuivie jusqu’au XXe siècle. On parle encore moins de la traite des chrétiens réduits à la servitude par les Arabes en Méditerranée : 1 250 000 Européens auraient été déportés entre 1530 et 1780. C’est d’ailleurs pour lutter contre cette piraterie que les Français s’emparèrent d’Alger en 1830… Les réticences de l’Union européenne à condamner les violences antichrétiennes en terre d’islam ne s’expliquent pas autrement.

La souffrance des Noirs ou des Arabes est ignorée quand les Blancs n’en sont pas responsables : au Soudan, 2 millions de Noirs, chrétiens ou animistes, sont morts dans la guerre menée contre eux par le régime islamiste de Khartoum. Qui en a parlé ? Autre exemple de désinformation : le traitement médiatique de la guerre d’Algérie. Les colons sont assimilés à des occupants, l’armée française à la Waffen-SS… Tout est ramené à la Shoah. Récemment encore, un évêque rapprochait le sort des Roms de celui des juifs. Cette outrance confine à l’obscène en comparant ce qui n’est pas comparable.

Elle est pourtant fréquente en politique… Surtout dans les débats sur l’immigration ! Il n’était pas interdit d’évoquer ce sujet dans les années 1950. Personne, à l’époque, n’aurait eu l’idée de traiter Raymond Cartier de raciste, bien qu’il préférât la Corrèze au Zambèze ! Chauvin, sans doute, mais pas raciste ! Affirmer qu’un État a le droit de défendre ses frontières est une audace qui vous fait vouer aux gémonies. Voyez Israël : l’État juif est l’État-nation le plus condamné parmi toutes les nations. Les juifs, caricaturés en nationalistes belliqueux, sont devenus les plus blancs des Blancs !

Que faire ? Nier l’identité nationale est une erreur. Cela suscite de telles frustrations que le débat ressurgira tôt ou tard violemment. L’obsession du racisme ne doit pas stériliser les débats. Je crois que mon livre est fondamentalement antiraciste (même si j’utilise ce mot avec précaution, tant il est galvaudé) car je ne désigne ni coupable ni victime : il faut en finir avec ce manichéisme, qui entretient la honte de soi. Propos recueillis par Fabrice Madouas

Réflexions sur la question blanche, de Gilles-William Goldnadel, Jean-Claude Gawsewitch, 300 pages, 22,90 €.

http://www.valeursactuelles.com/actualités/société/gilles-william-goldnadel-“nier-l’identité-nationale-est-une-erreur”20110317.htmlFrance de demain

Partager cet article

Repost 0
Published by Syndicat indépendant de la police municipale