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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 14:22

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Source : Le Cri du Contribuable http://www.lecri.fr/2013/02/26/il-ecrit-un-livre-sur-sa-mairie-un-an-de-mise-a-pied-pour-le-fonctionnaire/39043

 

Il est bel et bien interdit de critiquer l’administration quand on y travaille. Jérôme Morin, 39 ans, fonctionnaire territorial à Pontault-Combault (Seine-et-Marne) entendait dénoncer avec humour les dérives de la fonction publique.

Il a été condamné, le 6 février dernier, pour avoir écrit « Abruti de fonctionnaire », un recueil de chroniques sur son quotidien à la Mairie, publié sous pseudonyme.

Le conseil disciplinaire de la Mairie avait proposé une mise à pied de dix-huit mois dont six mois avec sursis pour « manquement à l’obligation de réserve » : le tribunal administratif a suivi ses recommandations.

Jérôme Morin est à ce jour le fonctionnaire le plus lourdement sanctionné de France pour avoir outrepassé son devoir de réserve ( Voir le cas Aurélie Boullet, alias Zoé Shepard). Il se retrouve sans salaire et sans droit au travail avec l’interdiction de contracter un contrat dans le privé durant cette période.

L’administration marche sur la tête

« Locaux : lieux de travail des fonctionnaires, toujours bien aérés grâce à ceux qui brassent de l’air et à ceux qui le pompent ». Cette définition illustre bien l’esprit du livre de Jérôme Morin alias Henri Rouant-Pleuret.

Dans « Abruti de fonctionnaire », cet ancien agent municipal de Pontault-Combault témoigne de dix années passées dans l’administration de la Ville.

Avant de rejoindre « cette vénérable institution », selon ses mots, Jérôme Morin a travaillé dans le privé, « avec acharnement ». Arrivé dans le public, il s’est retrouvé face à un système de fonctionnement qu’il lui a fallu combattre…

Pour se protéger, Jérôme Morin a dû avancer masqué. Le narrateur de ses chroniques s’appelle Fabien et travaille à la Mairie de Poufoulah, au service environnement.

A Poufoulah, l’administration marche sur la tête. « Les idées, ici, on oublie » déplore-t-il. La moindre initiative qui pourrait amener un surcroît de travail est rejetée.

« Laisse-les polluer, ils votent ! »

Les « élus du peuple » ont d’autres chats à fouetter, d’ailleurs ils sont rarement à leur bureau. Mais ils ont toujours « l’air sérieux et compétent » ironise-t-il, et sont systématiquement réélus malgré les tricheries et les magouilles.

Quand l’agent municipal arrive au bureau, il doit suivre tout un rituel. Il allume son ordinateur, prend sa tasse, sa cuillère, sa bouteille et sa bouilloire, direction les toilettes.

Une fois revenu à son poste, il lui prend une envie soudaine, il repart. De retour à son bureau, il constate qu’il a oublié sa cuillère. Maintenant qu’il a tout, l’ordinateur fait des siennes.

Alors Fabien part faire sa ronde. Il voit une mère et sa fille en train de vider leur cendrier sur l’espace public. Les gens ne partagent pas l’amour pour la nature de Fabien. Il en parle à ses supérieurs qui lui rétorquent : « Laisse-les polluer, ils votent ! »

Fabien est conscient de ne brasser que de l’air dans son travail, mais à chaque fin de mois, il remercie son employeur de le payer. « Le tout c’est de rester à ta place (d’autruche), sinon tu vas te faire lyncher » lui a confié un collègue à son arrivée à la Mairie.

Le promoteur immobilier amateur du Maire, c’est pas tes histoires en somme. Le logement gratuit et la voiture de fonction de la directrice des services techniques, pareil. Ses 200 € mensuels de capsules à café que tu vas lui livrer à domicile, idem…

Dans la fonction publique, on a la sécurité de l’emploi mais aussi du poste occupé. Si la hiérarchie émet l’idée de te remplacer, le mot magique est » tribunal administratif « . « Quand tu sais des trucs, personne ne t’emmerde » lui confie un collègue syndiqué.

Pour être tranquille, se dire surmené

En ce qui concerne les relations avec les chefs de service, il y a la CGT ! Ce ne sont pas tous des modèles de sérieux. Certains profitent de leur situation pour se protéger de la hiérarchie ou pour échapper à leur travail dans lequel « ils s’ennuient comme des rats » a entendu Fabien. En tout cas, ils sont bien trop nombreux et en cela desservent la cause.

Faire croire au surmenage, là est la clé de la tranquillité. C’est toute une stratégie, un art ! Le tout est d’être prévenu par mail des déplacements de sa supérieure afin d’anticiper une mine concentrée quand elle entre dans le bureau. « Elle gagne deux à trois fois plus et en fait dix fois moins » tonne Fabien.

Les chefs, « s’ils ont des bureaux individuels qui ferment à clé, c’est pour pouvoir faire la sieste tranquille » peut-on lire dans le dictionnaire de la » dysfonction publique » qui précède ces chroniques.

Les employés se plaignent. Mais « certains sont logés par la Ville, ils ont la sécurité de l’emploi, dix semaines de congés par an, travaillent très près de chez eux et sont sécurisés avec le syndicat » constate Fabien. Moi je ne vois pas les choses de cette manière : « Je suis un employé qui se contente de ce qu’il a ».

Finalement, Fabien alias Jérôme Morin sera mis au placard avant d’être condamné, début 2013, à 18 mois de mise à pied dont six mois avec sursis, la publication du récit constituant un manquement à son obligation de réserve.

Il a été probablement reconnu par un employé de la Mairie. C’est Monique Delessard, Maire PS de Pontault-Combault et son troisième adjoint qui avaient déposé plainte contre X en 2011 pour diffamation.

Jérôme Morin constate que le système a eu raison de lui, mais si nous regardons le bon côté des choses, « Abruti de fonctionnaire » a déjà été vendu à plus de 5 000 exemplaires…

Pierre Bergerault 

« Abruti de fonctionnaire » de Henri Rouant-Pleuret, Les éditions du Panthéon, novembre 2011, 304 pages – 20,28 €.

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