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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 14:44

Cette prison qui "ne fait plus peur à personne" et "ne vaccine pas"

Deux habitants du Jas, aujourd'hui en formation et un ancien braqueur, parlent de la maison d'arrêt de Luynes

 


Début octobre, la ministre de la Justice, Christiane Taubira, est partie "à la reconquête de l'opinion" concernant la prison et les sanctions pénales. Dans la foulée, elle révélait les résultats d'une étude réalisée par l'institut Ipsos mais jamais publiés par la dernière gouvernance.

"77 % de ces personnes considèrent que la prison ne permet pas de lutter contre la récidive ni de la prévenir" assurait celle qui a annoncé dans une circulaire de politique pénale vouloir rompre avec le "tout carcéral". Pour La Provence, deux habitants du Jas, aujourd'hui en formation mais qui ont enchaîné les séjours à la prison de Luynes, et un ancien braqueur, parlent de cet endroit qui, selon eux, ne fait plus peur et ne vaccine pas. Un avocat et une magistrate analysent la situation.

  un moment donné, ça en parle tellement dans le quartier que certains ont envie d'y aller, pour voir ce que c'est !" lâche, sans sourciller, Sofiane, 24 ans dont 5 ans et demi derrière les barreaux. Aussi étrange que cela puisse paraître, le jeune homme aujourd'hui a priori "rangé des camions" comme l'on dit, parle de la prison. De cet endroit de privation de liberté, de cet endroit censé calmer les ardeurs délictuelles voire criminelles en devenir, en plein boom ou sur le retour. "Tu as de petites appréhensions, la première fois, mais les petites peines ça n'effraye personne ici, et franchement, après ça devient une routine : tu rentres, tu sors, tu rentres..."

"Tu as même plus de chaînes télé qu'à la maison..."

On pourrait alors croire à des fanfaronnades. Mais des copains du Jas, habitués à séjourner à la prison de Luynes, détaillent : "Demain on me dit qu'on va taper pour 300 000 euros mais qu'il y a trois ans de taule au bout, et bien j'y vais quand même", dit un autre. "La moitié de mes connaissances sont en prison actuellement..." continue Sofiane pour finalement décrire un lieu qui n'aurait quasiment plus rien de contraignant aux yeux de certains délinquants. "Là-bas, tu as même plus de chaînes télé qu'à la maison..." lance, provocateur, Sofiane. C'est à 17 ans qu'il est "tombé" pour vol, la première fois.

"J'avais besoin d'argent, d'exister, et puis c'est bon pour la renommée dans le quartier" raconte-t-il. "Tout le problème c'est que quand tu as mûri, il est déjà trop tard. Mais franchement, s'il y avait du boulot et que le Smic était à 2000 euros, ça calmerait certains" assure-t-il. Le jeune homme est aujourd'hui en formation électricien, en CAP. Une étape qu'il aurait dû franchir il y a bien des années, s'il n'était pas passé par la case prison, pour quelques euros dérobés, pour une réputation à construire.

"Être puni c'est logique, mais c'est le suivi qui déconne"

Jamel, lui, s'est éloigné de ses mauvaises fréquentations, après plus de trois ans de prison. "J'ai 22 ans, et le bilan, c'est que j'ai fait souffrir ma famille". Il est actuellement en formation dans l'exploitation des transports. "Être puni c'est logique, mais c'est le suivi qui déconne. En prison, les conversations tournent toujours autour des coups futurs, enchaîne un aîné qui a connu 11 années de cellule, la plupart veulent s'insérer mais beaucoup vont rapidement vers la facilité, tant toutes les portes sont fermées. A la sortie, les seules propositions faites sont celles du milieu de la délinquance".

Ali Kraichi, président de l'association Tout pour les Jeunes, qui a soutenu Sofiane et Jamel, livre son analyse : "Il faut les accompagner avant la prison, pas après. Tous quasiment démarrent les bêtises quand ils arrêtent l'école, vers 16 ans. Beaucoup veulent posséder quelque chose, monter un commerce, se sentir chez eux, donc ils tentent un gros coup pour financer cela..." On se tourne alors vers Malek, qui n'a jamais connu la prison : "J'ai la chance de n'avoir jamais été pris" sourit-il, sans fierté, "mais tôt ou tard on y va tous. Faut savoir s'arrêter à temps..."

 

Romain Capdepon

Dette : le régime du bon docteur Dosière - Le Nouvel Observateur

A P

 

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Published by SIPM - EUROCOP - dans Sécurité