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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 14:56

http://www.marianne2.fr/Securite-decidement,-ca-bouge-a-gauche_a196735.html

 

Sécurité : décidément, ça bouge à gauche


Décidément, la droite n’a plus le monopole de la sécurité. Tirant parti de la prudence du PS sur le sujet, Daniel Cohn-Bendit s’en était déjà emparé. Contraint de réagir, le PS, à l’occasion de ses Universités d’été à La Rochelle, lance sa contre-offensive. Désormais, socialistes et écolos se jaugent à l’aune du pragmatisme politique… Récit de Reversus, présent à La Rochelle.



Sécurité : décidément, ça bouge à gauche
e Parti Socialiste avait appris à se méfier du piège sécuritaire de la droite. Martine Aubry avait progressivement fait le choix de ne plus céder aux polémiques suscitées par la majorité.  Seul problème : le 16 août, Daniel Cohn-Bendit lance un pavé dans la mare en signant une tribune dans le journal le Monde sur le problème de l’insécurité.

Lors des Universités d’Europe Écologie à Nantes, bis repetita placent. Face à un Pierre Moscovici qui insiste sur la nécessité de ne pas se laisser « enfermer par le débat sur la sécurité », Daniel Cohn-Bendit met les pieds dans le plat et impose le sujet durant trente minutes. Face à des socialistes qui se bornent à réclamer la réintroduction de la police de proximité, le leader des Verts fait preuve d’imagination politique. N’ayant pas peur d’associer le problème de l’intégration à celui de l’insécurité, celui des mafias à la question de la dépénalisation, le leader d’Europe Écologie frappe fort et séduit son auditoire. Cécile Duflot et les Verts embrayent, allant jusqu’à consacrer un colloque à cette question : « Que ferait un Vert s’il était Ministre de l’Intérieur ? ».

Les langues se délient au sein du peuple vert, et des élus locaux tels que Stéphane Gatignon ou Emilie Thérouin apportent légitimité et réalisme à l’offre politique d’Europe Écologie dans ce domaine. Le PS, qui comptait dévoiler ses propositions en Janvier est contraint face à cette offensive de revoir sa feuille de route…

Dans chaque camp, la question divise…


Ce n’est donc pas un hasard si la sécurité fera l’objet de deux débats lors de ces Universités d’été de La Rochelle. En coulisses, on annonce même que Martine Aubry pourrait en faire l’un des thèmes principaux de son discours de clôture ce dimanche.
Sa rivale de toujours n’a d’ailleurs pas attendu dimanche pour annoncer la couleur. Ségolène Royal signait dès aujourd’hui une tribune dans les journaux Libération et Marianne afin d’inciter le PS à se réapproprier le  « thème de la sécurité qui n’est pas réservé à la droite » et à être force de proposition sur le sujet, afin de ne plus être taxé d’angélisme.
Toujours hanté par le choc des élections présidentielles de 2002, le PS continue de nourrir un complexe dès qu’il s’agit d’évoquer l’insécurité. Ségolène Royal a tenté d’y répondre en proposant « d’introduire la sécurité dans la question sociale ».  Mais dès les premières minutes du lancement des Universités d’été, son ami Maxime Bono (député-maire de La Rochelle) lui mettait le pied à l’étrier en posant le sujet sur la table.  Dans un discours qui sentait sérieusement le réchauffé, Ségolène Royal a rappelé le peuple socialiste à ses bonnes vieilles recettes de 2007 (ordre juste, encadrement militaire des jeunes…). Pas très enthousiasmant, mais suffisant pour lui donner une légitimité supplémentaire face à ses rivaux aux primaires…
Dans cette course aux primaires socialistes, le député-maire d’Évry Manuel Valls s’est toujours placé comme le représentant d’une « gauche pragmatique ». Il observe donc avec un grand intérêt le retour du thème de la sécurité comme un moyen de mettre sur orbite sa campagne. Allant jusqu’à faire une référence directe au parcours de Barack Obama, il continue de penser que « rien n’est joué et [qu’]il n’y a pas de favoris lors de ces primaires ». Alors qu’il était « blacklisté » l’an passé après sa fameuse lettre adressée à Martine Aubry, il a cette année, le thème de la sécurité aidant, multiplié les conférences de presses et les interventions. Sur son blog, il détaille ses propositions : « soutien à la parentalité et à l’action éducative,  la création d’une police citoyenne et de terrain, une application plus rapide des peines… ». Refusant de s’attaquer frontalement à Ségolène Royal sur les questions des journalistes portant sur  « l’encadrement militaire » ou « l’ordre juste », il s’est simplement contenté de plaider pour l’émergence d’une « gauche décomplexée contre la délinquance et débarrassée de toute forme d’angélisme. »
Au sein des écolos, il y a également une lutte de courant sur le thème de la sécurité. Jean-Vincent Placé, invité à la Rochelle a notamment affirmé : « J’ai demandé à mes amis de mon parti politique de s’intéresser à cette question », une manière habile de relativiser le rôle joué par Daniel Cohn-Bendit.

Le numéro deux des Verts a d’ailleurs tenté de disputer au leader d’Europe Ecologie, le rôle d’aiguillon. Il a notamment regretté le fait que les écologistes « possèdent une commission Esperanto mais pas de commission Sécurité ». Visiblement en forme, il s’en est également pris à Noël Mamère « qui cartonne beaucoup Sarkozy et se fait applaudir en affirmant qu’il n’a pas de politique de vidéo-surveillance et de policiers municipaux ». « Il faut arrêter avec ce genre de démagogie libertaire », s’est-il permis d’ajouter.
Alors que Daniel Cohn-Bendit renvoyait « droite et gauche à leurs échecs sur la question sécuritaire », Jean-Vincent Placé a joué la carte de l’humilité en affirmant qu’il était venu « écouter et apprendre ». Décidément, au sein de chaque camp, le thème de la sécurité se révèle clivant : à la fois convoité et redouté.

La sécurité, un thème de gauche ?


Hier soir se tenait à la Rochelle une conférence ayant pour thème « Libertés et sécurités dans un monde dangereux ». Commençant par une autocritique, les différents intervenants ont reconnu le retard qu’avait pu connaître le PS sur ces questions. Pour Jean-Paul Jean, avocat général à la cour d’appel de Paris, les socialistes ont été influencés par le modèle blairiste « dur avec le crime, dur avec les causes du crimes », « comme si la Justice pouvait régler tous les problèmes… ». Pour Jean-Jacques Urvoas, secrétaire national à la sécurité au PS, il faut revenir à la période où le « PS était précurseur sur ces questions, comme en 1981 avec le rapport de Gilbert Bonnemaison ».
Force est de constater que le PS dispose aujourd’hui d’interlocuteurs pertinents sur ces questions.  Le premier d’entre eux, J.J Urvoas, souhaite que les socialistes « revendiquent la question politique de la sécurité ». Dénonçant le « strabisme répressif de la droite », il a invité la gauche à « construire un système social de prévention précoce », à « donner la priorité au secteur public dans la lutte contre la délinquance » et enfin à « territorialiser et fidéliser les forces de police pour réhabiliter l’esprit de département ».

Abdelhak Kachouri, maire-adjoint chargé de la sécurité à Saint Ouen, a exhorté ses camarades socialistes à dépasser la question « du retour de la police de proximité, qui ne réglera pas tous les problèmes ».  Il a notamment prévenu «  [qu']une nouvelle forme de radicalisme et d’intégrisme avait émergé (…) Je ne peux plus me déplacer seul dans les quartiers où j’ai vécu. Il faut davantage de formation et de moyens, il y a une méconnaissance totale des sociologies des quartiers actuellement ».
Sur une autre question cruciale, cette fois posée par Jean-Vincent Placé, celle des drogues douces, là aussi le PS semble avoir évolué. Le député Dominique Raimbourg, spécialiste des questions de libertés publiques au PS, pense qu’il s’agit du « meilleur moyen pour assécher les économies souterraines dans les quartiers », et de citer l’exemple des Pays-Bas, où le cannabis est dépénalisé, et qui se retrouve aujourd’hui avec « le taux de consommation le moins élevé d’Europe ». Daniel Vaillant, qui travaille pour l’Assemblée Nationale à un rapport sur le sujet, semble également s’orienter vers cette solution. Quant à Manuel Valls, même s’il préfère rester « prudent », il défend « l’ouverture d’un débat public » sur le sujet.
Les lignes bougent et évoluent. Le Parti Socialiste et Europe Écologie semblent peu à peu se rapprocher sur ces questions, même si la dépénalisation ne fait pas encore l’unanimité chez les socialistes. D’un côté comme de l’autre, les positions des élus locaux semblent de plus en plus à même d’influer la ligne de leur parti. Et si la gauche était en train de réaliser son Bad Godesberg ? Faire de la sécurité un thème de gauche en 2012, voilà en tous les cas l’ambition affichée.

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Published by Syndicat indépendant de la police municipale - dans Politique