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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 18:48

Critiqué par son camp pour la gestion du dossier des Roms et celle des émeutes d’Amiens, le nouveau ministre de l’Intérieur vit un été mouvementé à l’épreuve des faits.

« On recherche désespérément Christiane Taubira, disparue dans la forêt guyanaise, qui a lâchement abandonné son petit camarade Manuel Valls isolé à Amiens. » La formule, railleuse, est signée Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes et membre de la Droite populaire. À elle seule, elle résume la posture inconfortable du ministre de l’Intérieur : critiqué par son camp pour sa fermeté, Valls ne peut se prévaloir du soutien de la droite sans aggraver son cas !

Tout a commencé avec la polémique sur le démantèlement de six camps de Roms ces dernières semaines à Paris, Lyon et Lille, qui s’est soldé par l’expulsion par charter de 240 d’entre eux. Dicté par une décision de justice, ce démantèlement suscite une vague de protestations dans les rangs de la gauche politique et associative, qui hurle au retour de “l’esprit de Grenoble”, allusion au discours de Nicolas Sarkozy sur la sécurité à l’été 2010. Des associations s’émeuvent de la « chasse aux Roms » prétendument menée par le gouvernement. L’une d’entre elles encourage même Manuel Valls, injure suprême, à « porter les couleurs de l’UMP » en 2017.

Dans son éditorial des Inrockuptibles, Audrey Pulvar, journaliste et compagne d’Arnaud Montebourg, prévient Hollande : « Cher François, on n’a pas voté pour ça. » La commissaire européenne à la Justice Viviane Reding place la France « sous surveillance ». La voix de l’écologiste Cécile Duflot, pourtant tenue à la solidarité gouvernementale, s’ajoute au concert d’indignations : « Une politique humaine, efficace et exemplaire reste à construire. » La première secrétaire du PS, Martine Aubry, selon qui « il y a de la place en France pour accueillir dignement ceux qui sont là », poursuit aussi Valls de sa vindicte. Selon le Parisien, elle aurait appris dans la presse le démantèlement de camps dans la région de Lille, dont elle est maire. Aubry, qui écourte ses vacances pour s’occuper du dossier, ne décolère pas contre le ministre de l’Intérieur. Interrogée à son tour dans Libération sur le sujet, Christiane Taubira aura cette réponse surréaliste : « C’est une question pour Manuel Valls ? Allez Place Beauvau. Là, on est Place Vendôme. » Valls ne commente pas la pique, mais persiste et signe : « Les choses sont simples, quand il y a une décision de justice, il y aura démantèlement de campements. » Les seules voix pour le soutenir s’élèvent de la droite ; ainsi d’Éric Ciotti, le monsieur sécurité de l’UMP : « S’il le fait, je le soutiendrai. »

 Le 14 août, de violentes émeutes opposent les forces de l’ordre à des “jeunes” à Amiens. Bilan : une école maternelle calcinée, une salle de sport détruite, des voitures volées et brûlées, des tirs de chevrotine sur les policiers qui feront dix-sept blessés. Au lendemain de cette flambée de violences nocturnes, Hollande et Ayrault envoient le premier flic de France sur le terrain. Il est reçu par un comité d’accueil (dont certains des membres se vantent devant les journalistes d’avoir participé aux émeutes) qui le bouscule et l’insulte copieusement. La visite est annulée, Valls se réfugie dans une annexe de la mairie. Il promet malgré tout le « retour de l’ordre républicain ». À cet instant, le choeur des protestations reprend, qui lui reproche de se soucier davantage du sort des policiers que de celui des habitants ou… des émeutiers. Dans la tempête, Valls tient bon, ne cédant pas un pouce de terrain : « Rien ne peut excuser, rien, qu’on tire sur des policiers, qu’on tire sur des forces de l’ordre et qu’on brûle des équipements publics. »

Les députés socialistes s’amusent de ce mot d’esprit : « Avec Valls à l’Intérieur, la gauche a fait un pas de Guéant ! » On lui reproche même, dans son camp, de “faire du Sarkozy”. Au sujet de l’ancien président, à qui il n’aime pas être comparé (ses amis le surnomment “l’hyperministre”, en écho à “l’hyperprésident”), Valls juge qu’il n’est « ni un modèle, ni un antimodèle ». À droite, on s’interroge : “Est-ce la ligne Taubira qui domine ou est-ce la ligne Valls ? ” La ministre de la Justice n’a pas été démentie après son interview dans Libération où elle contredisait François Hollande sur les CEF (centres éducatifs fermés), que le candidat socialiste promettait de doubler (lire Valeurs actuelles du 9 août). Il faut être « particulièrement ferme vis-à-vis des fauteurs de troubles », a martelé Valls, félicité – à nouveau – par la droite, louant sa “lucidité” et son discours de “fermeté”.

Interrogé par Libération le 20 août, Valls déclamait : « Un seul talisman, la République, un seul discours, la fermeté. » À la question « Vous sentez-vous isolé dans le rôle du père Fouettard et du premier flic de France au sein du gouvernement ? », il rétorquait : « Celui qui ne constate pas que la gauche a entamé un profond virage sur la question passe à côté du principal : la gauche au pouvoir, avec François Hollande et Jean-Marc Ayrault, assume pleinement les prérogatives régaliennes de l’État. Et j’irai même plus loin : nous entendons démontrer, dans la durée, notre capacité à faire mieux que la droite pour assurer la sécurité des Français. » Faire “mieux que la droite” : la formule peut surprendre dans la bouche d’un ministre de gauche. Elle pourrait sous-entendre qu’après tout, le bilan de la droite n’est pas si calamiteux… Le paradoxe Valls est résumé ici : contrairement à ses amis, le ministre de l’Intérieur est un adepte de l’ordre. Il a fait de la formule « Avec moi, la loi s’applique partout et fermement ! » un slogan. Dans un livre publié en 2011 (Sécurité, la gauche peut tout changer, Éditions du Moment), Valls opposait Jaurès à Clemenceau, référence peu prisée par les élus du PS : « Jaurès, pour qui la lutte des classes est le moteur de l’Histoire, considère que l’ordre policier est l’ennemi du progrès, tandis que Clemenceau soutient que la réforme sociale ne peut se faire en dehors du cadre de l’ordre républicain. » Entre l’icône de la gauche et le “briseur de grèves”, Valls a tranché : Place Beauvau, un portrait du Tigre trône au mur de son bureau. Geoffroy Lejeune

À lire également sur valeursactuelles.com :
Les idées choc de Valls, par Geoffroy Lejeune source : http://www.valeursactuelles.com/actualit%C3%A9s/politique/valls-seul-contre-tous20120822.html

 

Valls

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Published by SIPM - EUROCOP