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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 15:36

http://www.tomvarennes.com/?p=1171

 

 

Le 25 juin dernier, je ne sais plus trop comment, je suis tombé sur l’article du Figaro qui diffusait les extraits d’un livre formidable : Absolument dé-bor-dée ! ou le paradoxe du fonctionnaire écrit par Aurélie Boulet alias Zoé Shepard.

 

Quelques minutes plus tard, j’étais membre de son groupe de soutien sur Facebook (http://www.facebook.com/zoeshepard ). J’ai ainsi pu suivre depuis cette période ses déboires et sa chute professionnelle qui furent d’ailleurs proportionnels à son extraordinaire succès d’édition.

 

C’est plus de 80 000 exemplaires qui se sont vendus. Je crois qu’un nouveau tirage plus important est d’ores et déjà prévu.

 

Ce pamphlet, ce roman, ce brûlot incandescent, présenté comme un journal de bord, a été écrit par une plume avisée et trempée dans la cigüe. Il raconte la pathétique histoire d’un Haut-fonctionnaire qui a le second degré et le sarcasme chevillés au corps. Chaque profil de fonctionnaire y est caricaturé à l’extrême et baptisé d’un magnifique sobriquet (Coconne, Grand chef Sioux, Simplet,…). C’est un an de la vie d’une chargée de mission qui n’a pour arme que l’impertinence face à la nullité ambiante. Qui n’a que sa causticité pour se protéger contre la bêtise universelle. L’ironie opposée à l’absurde. Le bon sens face au néant.

 

C’est de là que vient son succès. Ce n’est pas du populisme ou une attaque facile et poujadiste contre l’organisation des collectivités locales. C’est bien plus. Quelque chose de bien plus habituel dans la culture littéraire française. C’est Voltaire et la monarchie. C’est Hugo et l’Empire. C’est le grain de sable évident. Le pavé dans la mare qu’on attend.

 

Alors que les critiques ont fini d’en parler, elles commencent à se questionner. Mais pourquoi ce succès ? Quelles causes ? Les Français n’aiment-ils plus leurs fonctionnaires ? Est-ce la fin de l’ère bénie des 35hr ? A quoi servent les régions ? La décentralisation, finalement, c’est vraiment bien ?

 

N’importe quoi.

 

Il ne s’agit que de la première voix qui dit tout haut – et de façon assez juste et drôle – ce que tout le monde pressent ou sait depuis quelques années. A savoir que la décentralisation, en confiant des pouvoirs toujours plus importants aux régions et aux collectivités locales, a rapproché le peuple des centres de décision mais a aussi ouvert la boite de Pandore ; Celle du pouvoir ou, plutôt, de l’impression de pouvoir que certains pensent toucher du doigt.

 

Les collectivités locales redeviennent, parfois, les terres féodales d’autrefois où des petits barons de province croient détenir une part de l’avenir de la nation, voire du monde tout entier.

 

C’est le retour des Borgia.

 

J’ai adoré ce livre avant même de l’avoir lu car j’ai adoré l’idée qu’on puisse le faire et, plus encore, le courage qu’il a fallu à Aurélie pour l’écrire. Le fait d’avoir le même âge qu’elle et d’avoir travaillé au cabinet d’un président de gouvernement rend – évidemment – la lecture de certains passages encore plus savoureuse.

 

Je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager quelques lignes de l’un des chapitres. Je le fais sans autorisation de Mlle Boulet ou de son éditeur mais j’imagine qu’en temps qu’ancien communicator (et seul représentant du gang des chiottards calédoniens sur le net) elle me permettra de le faire.

 

[Toute ressemblance passée, présente ou future avec des évènements ou des faits ayant eu lieu au sein du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie serait complètement fortuite et pour tout dire carrément impossible parce que nous c’est pas pareil et de toute façon ce n’est qu’un bouquin qui raconte une histoire inventée de toute pièce, alors franchement on peut pas estimer que je sors de mon obligation de réserve simplement en citant l’extrait d’un livre que, de toute façon, les librairies calédoniennes n’ont pas commandés et que personne - ou presque - n’a lu sur le territoire. Pour faire et valoir ce que doit.]

 

 

 

« Nous avons une spécialité.

Il est un domaine où nous pulvérisons tout. Sans EPO ni hormones de croissance, sans amphétamines ni stéroïdes ou anabolisants.

Juste nous et notre génie.

Car nous sommes tellement doués que ça en est indécent.

Lorsqu’il s’agit de l’accueil de délégations étrangères, nous sommes les spécialistes des cadeaux pourris.

Et ce n’est pas une mince affaire : il faut trouver quelque chose d’à la fois esthétiquement abject et suffisamment petit pour que le chef de la délégation, évidemment tombé en pâmoison lors de l’ouverture du napperon en macramé ou de la tapisserie « Biche s’abreuvant dans le courant d’une onde pure par clair de lune », puisse le faire suivre comme bagage à main dans l’avion.

Parce qu’il serait cruel de chercher à le séparer de son cadeau.

Nous ne sommes pas des monstres.

Contrairement aux apparences, l’assiette en faïence, la croûte criarde à accrocher au mur ou le CD des plus belles chansons de nos régions n’ont pas été récupérés au vide-grenier du coin.

Le service du protocole les a achetés.

Sur le budget de la collectivité.

Des deniers publics.

Amis contribuables, lorsque vous vous lèverez à l’aube pour aller travailler, répétez-vous comme un mantra cette pensée réconfortante : je travaille pour offrir à des délégations étrangères une assiette en faïence représentant un bateau passant sous un pont au coucher de soleil.

Je ne sais combien le Protocole dépense pour acheter ces horreurs, mais voir, au fur et à mesure du déballage du cadeau, le visage du Don passé de l’appréhension à la honte la plus totale…ça n’a pas de prix. »

 

Absolument dé-bor-dée !

Zoé Shepard

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Published by Syndicat indépendant de la police municipale - dans Autre